
Naissance d'un projet
Participant à un projet d’atlas prospectif sur Dunkerque et les plaines de Flandre, j’ai été amené à Steenvoorde, ville de 4 400 habitants entre Dunkerque et Lille qui marque, par son paysage, le glissement entre la Flandre maritime et la Flandre intérieure. De 2020 à 2021 j’ai travaillé sur les manières de percevoir les risques liés à l’agriculture par rapport aux effets du réchauffement climatique. J’ai procédé par des enquêtes de terrain (stages agricoles et observation du milieu) et par des interviews. Cette exposition est le fruit de ce travail de recherche. Elle vise à présenter un portrait des activités agricoles de la commune en s’étonnant face à ce que l’on pense bien connaître, l’agriculture, pour l’envisager avec des yeux curieux, avec le moins de présupposés possibles.
Les plaines de Flandre traversent l’extrême nord de la France, la Belgique et les Pays-Bas. Elles constituent un écosystème se caractérisant par un climat océanique et une faible altitude, qui en font un lieu de réception des écoulements des rivières et des ruissellements des divers points d’altitude les entourant. Par leur géographie, les Flandres ont donc historiquement été un lieu de plaines humides, de marécages, d’îlots, de deltas et de transgressions marines. Mais la mise en place d’un système de drainage millénaire a permis d’évacuer l’eau des terres vers la mer du Nord, afin de les rendre cultivables. Cet important système a modifié l’environnement à l’échelle de son territoire. Il continue de fonctionner aujourd’hui, et rend possible le visage actuel de la Flandre française.

Avec le réchauffement climatique, c’est cette histoire humaine et naturelle qui est désormais exposée à de nouveaux changements. A la fois du point de vue de la côte, où la montée des eaux menace de submerger Calais, Bruges, Amsterdam ou Dunkerque et les terres conquises sur le niveau de la mer. Mais aussi du point de vue de l’intérieur des terres, avec le risque d’inondations, liées à un changement de la répartition des pluies. Les plaines de Flandre sont prises en otage par leur topographie. Sa tension face à l’eau interroge l’héritage taillé par les activités humaines et son avenir. Dans le cadre de ce travail, nous avons choisi non pas tant de s’intéresser à la manière dont la relation à l’eau est si caractéristique de ce territoire, mais aux relations à la terre historiquement obtenues dans cet environnement. Le travail agricole de la terre signale ici le nœud de ce rapport entre géographie et activité humaine.
Pour autant, l’étude de la manière dont est vécu le réchauffement climatique à l’échelle d’une commune de Flandre ne va pas sans difficulté pour la conception même du réchauffement climatique. Celui-ci est-il bien le même événement que l’on perçoit par ses différents bords à Dunkerque, à Marseille, Bordeaux ou à Steenvoorde ? Ou bien est-il non pas ce qui arrive par soi, faisant irruption dans le cours ordinaire de l’expérience, mais une incidence irréductiblement locale, en relation à des éléments locaux ?
Cette exposition présente des photographies, des planches d’herbier qui ont pour but de montrer autant que possible la réalité agricole de la commune et ses relations aux plantes à la fois cultivées et sauvages. Des textes accompagnent ces supports soit pour décrire ce que l’on voit à l’image, soit pour raconter des observations ou des histoires cueillies tout au long des échanges que j’ai pu mener avec divers acteurs et actrices du monde agricole: agriculteurs, employé d’usine de fabrication de matériel agricole, représentants de la coopérative agricole La Flandre et de la chambre d’agriculture, membres d’un jardin partagé, adhérant au Groupe ornithologique et naturaliste du Nord-Pas de Calais, chercheuses de l’Inrae et de l’université de Lille.
N'ayant pas pu trouver suffisamment de soutien à la mairie de Steenvoorde je n'ai pu y présenter l'exposition. C'est pourquoi elle est présentée sous forme numérique. Si les résultats des enquêtes de terrain constituent une partie importante de ce travail, de nombreux rapports et livres m'ont également servi pour questionner, interpréter, analyser. Afin de ne pas alourdir la lecture, le choix a été fait d'indiquer la bibliographie sur laquelle je me suis appuyé en chaque fin de partie.
Carte du Nord grâcieusement conçue par l'architecte-urbaniste Katia Naouri. Elle superpose carte des sols et carte des cours d’eau, montrant la complexité du paysage pédohydrographique.
Remerciements
Ce projet n'aurait jamais pu voir le jour sans l'accueil chaleureux de tous ceux et celles qui m'ont ouvert la porte de chez eux, notamment les agriculteurs et les agricultrices, pour le temps qu'il m'ont accordé et leur patience. Je tiens à remercier tout particulièrement Rémi, Lydia, Fred et Elodie de m'avoir laissé venir travailler chez eux. Richard Schotte et Maélis Carpentier ont joué un rôle crucial de voisinage, pour m'introduire et m'héberger. Et l'aide de Katia Naouri, Anne Pellissier, Marc Laffitte ainsi que les conseils de Philippe Robert ont été d'une grande assistance. Je tiens à les remercier ici.
Le soutien de Clarisse Martin et Sylvie Decaux dans cette aventure a été précieux. Je veux leur témoigner toute ma gratitude. Enfin je marque ma vive reconnaissance à Jean Attali, pour toutes ses suggestions et pour m'avoir transmis quelque chose de sa passion pour les Flandres, semant en quelque sorte la graine de cette exposition.